Etre âgé et conduire

Un tiers des conducteurs a actuellement dépassé les 55 ans : les seniors sont donc largement représentés parmi les détenteurs du permis de conduire. Pour autant, il n’existe aucune législation qui encadre la conduite des personnes âgées, et chacun reste seul juge de ses propres compétences à tenir un volant sans faire courir de risque à soi-même et à autrui. Quels critères prendre en compte pour essayer de s’auto évaluer ?

Il est bien évident que l’âge n’est pas en soi un obstacle à la conduite d’un véhicule : il ne pose problème que parce que y sont souvent liés des problèmes de santé, pouvant mettre l’individu en difficulté face aux réflexes et aux capacités nécessaires à une conduite sécuritaire. Faire le point des éventuelles défaillances de son organisme est donc une nécessité pour chacun afin de garantir la sécurité de tous.

Les points soulevant les plus évidents concernent les organes sensoriels, en particulier la vue et l’ouïe, qui jouent un rôle majeur dans l’appréhension du monde extérieur, et qui sont en outre les systèmes que l’âge a tendance à endommager en priorité.

La vue représente sans doute le sens dont les dommages sont les plus précoces en période de vieillissement, mais aussi celui dont l’utilisation est la plus indispensable pour une conduite sécurisée. Toutefois, peu de personnes âgées négligent ce handicap, qui représente également une gêne dans leur vie quotidienne. Le port des lunettes et la vérification que celles-ci sont bien adaptées à l’évolution de leur vision constituent donc une condition nécessaire et suffisante pour continuer à prendre le volant, à moins d’une pathologie plus grave qui sera alors prise en charge médicalement ou chirurgicalement.

L’ouïe pâtit également des atteintes de l’âge : pouvoir percevoir un coup de klaxon, entendre la sirène d’une ambulance, entendre éventuellement l’avertissement oral d’un passager ou d’un piéton, ou le moteur d’une moto qui double, sans parler des éventuels dysfonctionnements propres au véhicule que l’on conduit, sont des compétences indispensables. Or il se trouve qu’un tiers des plus de 65 ans présentent des problèmes d’audition. Une prothèse auditive peut la plupart du temps corriger ce handicap, qui peut présenter un véritable danger pour la conduite.

En outre, les seniors constituent une population chez qui la prise de médicaments est plus élevée qu’ailleurs, du fait des pathologies liées à l’âge : or, les effets secondaires de certains médicaments peuvent avoir une incidence sur le comportement général de l’individu, en entrainant par exemple une somnolence, et sur ses réflexes en particulier. Il est bon alors de discuter avec son médecin des éventuelles contre-indications de produits par ailleurs nécessaires à une pathologie précise.
Enfin, un certain nombre de maladies liées à l’âge peuvent être incompatibles avec la conduite d’un véhicule : la liste en a d’ailleurs été réactualisée en septembre 2010, et a fait l’objet d’un article paru dans le Journal Officiel. A ce jour, douze affections sont notifiées pour empêcher l’obtention ou le maintien du permis de conduire. Il s’agit de :
• L’insuffisance cardiaque très sévère et permanente
• La cardiomyopathie hypertrophique symptomatique
• Une acuité visuelle inférieure à cinq dixièmes de loin en utilisant les deux yeux et après correction par lunettes, lentilles ou chirurgie
• Le rétrécissement majeur du champ visuel des deux yeux
• Le blépharospasme incoercible (fermeture incontrôlable et permanente des paupières)
• La diplopie permanente (Vision de deux images simultanées)
• Les troubles graves de l’équilibre et de la coordination
• La dépendance avérée à l’alcool ou aux drogues avec refus de traitement
• La somnolence résistante aux traitements
• La maladie d’Alzheimer très évoluée
• Les troubles neurologiques majeurs
• Certaines psychoses aigues et chroniques (par exemple la schizophrénie)

Ce texte ne concerne pas  seulement les personnes âgées, mais tous les conducteurs potentiels. Il précise cependant que les visites médicales qui donneraient lieu à un certificat de « non contre-indication médicale » à la conduite serait d’une périodicité accrue à partir de 70 ans.

Enfin, qu’en est-il des femmes âgées au volant ? Continuent-elles à être autant appréciées des assureurs que le sont leur cadettes, qui coûtent bien moins cher à ces derniers que leurs homologues hommes, et peuvent donc bénéficier dans certaines compagnies d’assurance de tarifs préférentiels, au vu de la moindre gravité des accidents qu’elles provoquent ? Une étude datant de quelques années résument ainsi la situation : « Les femmes âgées présentent un sur-risque au km parcouru, par rapport aux hommes de leur génération, ce qui peut correspondre à une pratique moins régulière de la conduite. On peut supposer que l'accès plus important des femmes à la conduite automobile lorsqu'elles sont jeunes, diminuera le sur-risque des femmes âgées dans les années à venir (cf. article de H. Fontaine). »
Par ailleurs, il semble que statistiquement, les risques encourus sont identiques entre un jeune homme de 18 ans et une femme âgée de 80 ans.

En tout état de cause, être âgé et conduire ne devrait donc pas se présenter comme un paradoxe. La conduite d’un véhicule représente dans notre société un formidable instrument de liberté, une ouverture sur le monde, un outil de socialisation : il est donc vital de préserver cette capacité de déplacement à chaque individu le plus longtemps possible, dans un souci d’autonomie. Ce qui ne veut pas dire que des précautions ne doivent pas être prises : chacun doit tenir compte de ses propres limites, les seniors de la même façon que tout individu citoyen à n’importe quel moment de sa vie. Il s’agit tout simplement de prendre ses responsabilités, afin de ne pas jouer avec sa vie ni avec celle des autres. Qui mieux que les seniors peut en mesurer tout le prix ?

Auteur : Cathy Borie
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