Gérer la sexualité en maison de retraite

Sexualité et maison de retraite : quoi de plus antinomique dans l'esprit du public ? N'y a-t-il pas plus important à gérer, pendant cette période du troisième ou quatrième âge, que les problèmes de ce type : maladie, autonomie, socialisation, loisirs, accès aux services ? Et les maisons de retraite ont-elles pour tâche prendre en compte ce qui relève de la vie intime ? Le sujet a par ailleurs été longtemps tabou. Pourquoi faudrait-il aujourd'hui s'en préoccuper ? Voici quelques éléments de réponses.

Les chiffres sont révélateurs : d'après une étude anglaise, un  quart des personnes entre 75 et 85 ans ont eu une relation sexuelle dans l'année, et cela passe à la moitié chez les 65/75 ans. Ces pourcentages s'appliquent aux individus vivant chez eux, car pour les résidents des maisons de retraite, ils tombent à 8%. Il faut aussi  noter que ces pourcentages concernent les hommes, car les femmes ont beaucoup plus de difficultés à trouver un partenaire, étant donné la répartition des sexes pour cette tranche d'âge.
Une autre étude américaine fait état des chiffres suivants : sur une population d'hommes et de femmes entre 80 et 102 ans, 63% des hommes et 30% des femmes ont encore des rapports sexuels.

La sexualité des personnes âgées est bel et bien une réalité, et ne devrait pas être taboue. Des médecins se sont penchés sur la question, et se sont interrogés sur la nécessité qu'il y avait à considérer cet aspect de la personne, en particulier dans le cadre des maisons de retraite. L'un d'entre eux écrit dans son exposé : " La sexualité chez l'être humain débute à la naissance et se poursuit toute son existence. Les besoins sexuels des personnes âgées sont comparables à ceux des sujets jeunes mais différents en fréquence, intensité et mode d'expression. "

Or, dans la tête de beaucoup de gens, une personne âgée est asexuée, elle n'a plus aucun désir, ni même aucune pensée liée au sexe, et ses besoins sont de ce fait ignorés, sinon réprimés. Les médecins soulignent cependant que négliger cette facette de la personnalité des résidents d'une maison de retraite a des répercussions très nettes sur leur santé, non seulement psychologique, mais aussi physique.

La même étude précise que l'on n'aborde pas la sexualité d'une personne âgée de la même façon que celle d'un jeune ou d'un individu de 40 ans : elle ne se décrit pas non plus dans les mêmes termes. Pour résumer, moins que jamais à cette période de la vie, la sexualité ne se résume au seul sexe : elle a pour composantes l'affection, le besoin de compagnie, la tendresse, l'envie de se sentir attirant à travers sa tenue vestimentaire ou sa coiffure, l'envie d'être aimé, de communiquer. Le fait d'avoir des relations sexuelles est un objectif qui passe après le partage d'émotions ou d'échanges intellectuels privilégiés avec une autre personne. En fait, on peut même avancer que les comportements de cette période sont globalement plus proches alors de ceux des adolescents : beaucoup d'attitudes de séduction et d'attouchements, et assez peu de passages à l'acte. La sexualité des personnes âgées est une sexualité plus vaste : elle ne se limite pas aux caresses génitales, mais comprend les baisers, les caresses en général, la proximité physique…

Pourtant, la maison de retraite, de par sa structure et les objectifs qu'elle poursuit, ne tient pas compte de la place de la sexualité dans la vie de ses résidents : le manque d'intimité, avec des chambres jamais fermées à clé, est un des premiers facteurs qui limite la possibilité d'une vie sexuelle. Mais il y en a d'autres : l'aménagement matériel des chambres avec des lits individuels au lieu des lits doubles, le manque d'information des équipes soignantes sur le sujet, l'absence de partenaire, mais aussi certaines maladies où les troubles du comportement sexuel sont un des symptômes (comme la maladie d'Alzheimer), qui poussent les soignants à établir des confusions entre une sexualité normale et une sexualité perturbée. Il est donc souvent plus facile de réprimer la sexualité chez l'ensemble des résidents, afin d'éviter des comportements déviants chez les individus affichant une pathologie particulière.

Et dans ce tableau, il ne faut pas en outre oublier le poids des familles, qui sont souvent en nette opposition avec ces histoires d'amour  leur semblant hors normes et plutôt gênantes.
Heureusement, certains établissements ont mis en place quelques stratégies pour répondre à ces attentes bien légitimes des résidents : il suffit de permettre aux individus d'avoir accès à une intimité personnelle, d'encourager les opportunités de rencontres entre pairs, de favoriser les expressions d'une sexualité large comme les étreintes ou les baisers, d'aider à la valorisation de l'image de soi. Plus concrètement, chaque individu doit pouvoir s'isoler dans sa chambre s'il le désire, que ce soit pour sa toilette ou pour des relations intimes : pour respecter les règles de sécurité, il peut suffire d'apposer un panneau sur la porte si on ne veut pas être dérangé, un peu comme dans les hôtels. Salons de coiffure ou de massage à disposition peuvent aussi contribuer à restaurer une image de soi mise à mal par l'âge et la maladie, et aider ainsi à tisser des relations d'amitié et d'échanges.
Vieillesse et désir ne sont pas deux notions paradoxales, et c'est d'abord à l'entourage d'en prendre conscience, tant familial que médical, car la personne âgée, elle, le vit dans sa chair et dans son esprit : assumer sa sexualité au mieux ne devrait pas représenter une épreuve supplémentaire.

Auteur : Cathy Borie http://porteplume2a.com
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