L'incontinence urinaire, un sujet encore tabou

L'incontinence urinaire liée à l'âge est présentée par les médecins comme une réalité quasiment inéluctable : malgré cela, elle reste un sujet encore tabou et un handicap très mal vécu par la plupart des patients qui le subissent. De quoi s'agit-il exactement ? Quelles sont les solutions ? Et peut-on faire de la prévention ?

On parle d'incontinence urinaire quand il existe une perte involontaire d'urines, appelée aussi fuites urinaires. Cela peut se produire au cours d'un effort, donc de façon prévisible (incontinence urinaire d'effort) ou bien de façon imprévisible (incontinence par impériosité).  Les femmes après la ménopause sont particulièrement touchées, puis les personnes des deux sexes au fur et à mesure du vieillissement. Pour ces dernières, il y a également une diminution de la sensation du besoin d'uriner.

Quelles en sont les causes ? Elles peuvent être multiples chez les femmes : affaiblissement du périnée dû aux accouchements, déséquilibre des pressions abdominales, baisse des hormones au moment de la ménopause, hyperactivité vésicale. De plus, il existe  des facteurs aggravants tels que la grossesse, le prolapsus, certains antécédents familiaux, la constipation, l'obésité, le tabagisme. Certains sports pratiqués de façon intensive peuvent être en cause : trampoline, athlétisme, musculation, jeux de ballon, et ceci même chez les femmes jeunes ! Chez les personnes âgées, il s'agit le plus souvent d'un affaiblissement des muscles du périnée et d'un moindre contrôle des sphincters urinaires, entrainant des fuites au moment d'un effort comme une toux ou un éternuement. Là aussi, les femmes sont les plus touchées, car anatomiquement plus fragiles, mais les hommes ayant des problèmes de prostate peuvent aussi être concernés.

Les mesures préventives : c'est bien entendu le premier point à aborder, tout en sachant que cette prévention doit être mise en place assez tôt. Chez les femmes, cette prévention aura lieu dès la première grossesse, avec une rééducation périnéale après l'accouchement, d'abord chez un kinésithérapeute, puis au domicile en autonomie. En cas de pratique régulière d'un sport à risques, il est bon d'exercer une surveillance urogynécologique. Dans tous les cas, le but est de ne pas abimer le périnée avec une trop forte pression abdominale : éviter donc les trop lourdes charges, la toux chronique, la constipation, la rétention prolongée d'urines, la consommation exagérée de thé, café ou alcool. Un comportement quotidien adapté aide à une prévention correcte de ces troubles : ne pas se retenir d'aller aux toilettes, uriner sans forcer et en vidant sa vessie totalement, pratiquer modérément les exercices abdominaux.

Quand consulter ? Comme dans bon nombre de pathologies, le plus tôt est souvent le mieux. Pourtant, un sentiment de honte pousse souvent les patient(e)s à différer une prise de rendez-vous, alors que la prise en charge précoce est un gage de réussite plus rapide. N'attendez donc pas, d'autant qu'il existe un certain nombre d'incontinences passagères et pouvant être soignées par votre médecin, qui vous prescrira par exemple des séances de rééducation périnéale. Quoi qu'il en soit, le médecin (ou le gynécologue) vous soumettra à un interrogatoire approfondi, sur les circonstances et l'importance de vos fuites, votre fréquence mictionnelle, votre façon de vivre ce problème, puis vous subirez un examen clinique et un examen urodynamique afin de déterminer l'origine du trouble.

Si la situation s'avère plus préoccupante, et que médicaments ou rééducation ne suffisent pas à la traiter, un bilan chez un urologue peut s'avérer nécessaire. A partir de là, des solutions plus lourdes sont à envisager, selon les raisons invoquées.
Pour les femmes qui souffrent d'une incontinence d'effort importante, une intervention chirurgicale consistant en la pose de bandelettes qui soutiennent l'urètre peut être proposée, et sera efficace si elle est effectuée par un chirurgien expert. La chirurgie peut aussi être envisagée en cas de prolapsus urogénital, plus communément appelé descente d'organes, à condition d'une bonne préparation en amont de l'intervention.
En cas de pathologie plus invalidante, l'urologue a à sa disposition la pose de sphincters artificiels, qui nécessite une hospitalisation de quelques jours et une manipulation ensuite par la patiente lors de chaque miction.

En ce qui concerne les hommes, bien qu'ils soient moins touchés, ils peuvent vivre des situations d'incontinence liée à une hypertrophie de la prostate. Il s'agit alors d'incontinence urinaire par regorgement (envies fréquentes, faibles jets d'urine et gouttes retardataires). Les hommes peuvent aussi connaître les incontinences d'effort ou celles par impériosité, mais plus rarement. L'incontinence par regorgement peut être traité à l'aide de médicaments, selon son origine, ou par chirurgie si la cause est l'adénome prostatique.

Hommes ou femmes, avant de parvenir à trouver une solution adaptée à leur problème d'incontinence, seront quelquefois amenés à utiliser des protections locales contre ces fuites gênantes. Faire un point sur les différentes sortes de produits peut être utile. On peut les classer essentiellement en deux catégories : celles destinées aux fuites légères, et qui ressemblent aux serviettes périodiques, et celles qui s'adressent à des fuites plus importantes (entre 500 et 2000 ml). Les progrès actuels pour ce type de produits vont dans le sens d'une meilleure efficacité, d'un meilleur confort et d'une discrétion plus grande.


Enfin, pour tous, voici quelques conseils pour favoriser une lutte contre l'incontinence :
- ménagez votre vessie en allant uriner seulement si vous en ressentez le besoin et sans forcer, mais sans vous retenir non plus
- pratiquez des sports peu violents comme le vélo ou la marche
- évitez de fumer pour ne pas développer une toux chronique, et aussi parce que la  nicotine irrite le muscle de la vessie
- ne consommez pas en excès thé, café, épices, alcool
- musclez votre périnée
- évitez les lourdes charges
- évitez les talons hauts qui modifient votre posture et fragilise le périnée chez la femme
- buvez normalement
- évitez les problèmes de surpoids qui entraine une pression trop forte sur le plancher pelvien
- régulez au mieux votre transit intestinal afin de ne pas peser plus sur la vessie


Et surtout, n'hésitez pas à consulter en cas de problèmes même mineurs : vous n'êtes pas un cas à part, juste un cas particulier à traiter comme tel !

Auteur : Cathy Borie http://porteplume2a.com
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