Personnes âgées et maltraitance

Certains épisodes de maltraitance concernant les personnes âgées ont défrayé la chronique, mais ce sujet demeure pourtant encore assez tabou, malgré sa fréquence non négligeable : en effet, ce problème concerne environ 5% des plus de 65 ans, et ceci tous milieux confondus. Mais avant d'aller plus loin, qu'entend-on exactement par maltraitance ?

L'OMS la définit comme suit : " La maltraitance des personnes âgées consiste en un acte unique ou répété, ou en l'absence d'intervention appropriée, dans le cadre d'une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime. Ce type de violence constitue une violation des droits de l'homme et recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales ; les violences matérielles et financières ; l'abandon ; la négligence ; l'atteinte grave à la dignité ainsi que le manque de respect. "

Comme nous pouvons le déduire de ce qui précède, il y a donc différents types de maltraitance, que l'on peut détailler pour mieux cerner les aspects que peut prendre le comportement violent d'un proche ou d'un soignant à l'égard de la personne âgée. Voici quelques exemples :
- Maltraitance physique : coups, blessures, brûlures, violences sexuelles, manipulations trop brusques, exposition au froid, privation de nourriture, sévices volontaires, négligences répétées même involontaires, etc.
- Maltraitance psychique : langage irrespectueux, chantage, domination psychologique, manque de considération, absence de prise en compte de la pudeur ou d'autres émotions de la personne, violation de certains droits (religieux ou civiques), non-respect de la dignité, etc.
- Maltraitance matérielle : utilisation des chéquiers à l'insu de la personne, signature de chèque en blanc, escroquerie, vol d'objets, etc.
- Maltraitance médicale : soins inadaptés, surdosage  volontaire de médicaments, absence de soins, négligence de la douleur subie par la personne, etc.

L'OMS pointe ces problèmes comme un volet important des sujets de santé publique, d'autant plus que les seniors hésitent la plupart du temps à signaler la maltraitance subie, que ce soit à leur famille ou aux autorités compétentes. Et pourtant, comme on s'en doute, les conséquences peuvent en être dramatiques : elles vont des traumatismes physiques comme des blessures légères ou des fractures, des traumatismes crâniens conduisant à des handicaps définitifs, aux états psychologiques perturbés, dépression ou angoisse persistantes. Les maltraitances peuvent même entrainer la mort, la personne âgée étant souvent plus fragile tant physiquement que psychologiquement.
Existe-t-il des facteurs de risques pouvant augmenter les éventuelles possibilités de maltraitance ? L'OMS en a pointé un certain nombre, qu'il est bon de prendre en compte pour mieux prévenir le problème.

- Certaines catégories de personnes âgées semblent subir plus  de maltraitance que d'autres : les personnes atteintes de démence, d'alcoolisme, les femmes.
- Il semble également que la cohabitation permanente de la personne âgée avec des membres de sa famille, d'autant plus si les relations sont assez tendues, augmente les risques.
" L'isolement social joue aussi en défaveur de la personne âgée dépendante, qui ne trouve pas de soutien en cas de problème avec les personnes qui la prennent en charge et ne peuvent donc se confier en cas de souffrance.

Qui maltraite et pourquoi ?

Ce sont bien évidemment les membres de la famille, fils ou fille de la personne concernée, ou conjoint dans un nombre de cas un peu moins fréquents, qui exercent des actes de maltraitance. Il peut aussi s'agir des voisins. Certains de ces actes peuvent s'expliquer par des conditions de vie défectueuses, un logement inadapté, ou des problèmes familiaux antérieurs. Mais le problème est aussi présent dans les institutions, hôpitaux ou maisons de retraite : exercées par le personnel soignant, ces faits sont évidemment des cas isolés dont la responsabilité incombe à des personnes en particulier, sans que le système soit nécessairement mis en cause. Il ne faut pourtant pas nier l'impact que peuvent avoir sur ces comportements les conditions de travail de ces personnels : surcharge de travail, mauvaise organisation, défaut de surveillance, fatigue, etc.

Prévenir la maltraitance

Prévenir plutôt que guérir, l'adage s'applique aussi dans ce cas. La prévention existe, et elle se met en place selon plusieurs axes : sensibiliser le public mais aussi les professionnels en contact avec les personnes âgées, dépister tant les victimes potentielles que les auteurs de violences, soutenir efficacement les personnes qui prennent en charge les seniors, soit en les aidant matériellement soit en leur apprenant à gérer leur stress mais aussi en leur apportant une formation sur les pathologies comme les démences séniles ou la maladie d'Alzheimer. Ces domaines de prévention impliquent évidemment plusieurs secteurs, qui tous doivent prendre leurs responsabilités : le secteur de la protection sociale peut apporter un soutien juridique et financier, ainsi qu'une éventuelle aide à l'hébergement ; celui de l'éducation peut mener des campagnes de sensibilisation vers le public et gérer la formation des personnels ; à celui de la santé reviennent les actions de dépistage et les soins aux victimes, physiques et psychologiques. Il n'en reste pas moins que chacun à son niveau peut agir, en particulier en n'hésitant pas à signaler un cas de maltraitance, et ceci même s'il s'agit d'un simple soupçon.

Quoi faire en cas de maltraitance ?

Il existe une antenne téléphonique destinée à cet effet : le numéro d'appel est le 3977, numéro national contre la maltraitance des personnes âgées et des adultes handicapés, qui conseille les familles en cas de soupçon et les dirige vers les autorités compétentes si nécessaires. Si la maltraitance est avérée, chaque citoyen a le devoir de  dénoncer les faits aux services de police, mais aussi de porter secours à la victime s'il en a la possibilité. Les médecins ont aussi le devoir d'intervenir en cas de vulnérabilité de la personne concernée (cette notion de vulnérabilité étant nouvelle dans le code pénal), et le juge des tutelles ou le procureur de la République peut être saisi dans le cas de spoliation ou de violences financières.
La personne maltraitée peut aussi bien entendu porter plainte elle-même si elle en a la possibilité physique.


Auteur : Cathy Borie http://porteplume2a.com
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