Bénévolat et bonne santé

Les seniors et le bénévolat...
A l'initiative d'un groupe important de protection sociale, une étude a été menée concernant l'influence du bénévolat sur la bonne santé des seniors : il semble que les conclusions soient très claires et confirme les effets positifs du bénévolat pour ce groupe de population, qui vieillirait mieux et en meilleure santé dans ce cas de figure. Voyons cela d'un peu plus près.

La recherche s'est appuyée sur un questionnaire portant sur différents aspects de la santé des bénévoles et des non bénévoles retenus pour l'étude : la santé physique, la santé psychique, et la qualité de vie en général. Sans entrer dans les détails de cette étude, qui a été faite en tenant compte de paramètres assez fins comme la fréquence des actions bénévoles, leur nature (contact ou non avec du public), etc., on peut constater sans hésiter que les seniors pratiquant le bénévolat se perçoivent en meilleure santé physique et affichent une meilleure qualité de vie que les non bénévoles. Les bienfaits ressentis s'exercent en particulier dans le domaine de la santé psychique, avec environ 3 fois moins de sujets dépressifs chez les bénévoles très actifs que dans la population des seniors non bénévoles.
Comment expliquer ces résultats ?

En premier lieu, il convient d'insister sur le fait que cette étude porte sur la perception que les seniors ont de leur santé, et pas forcément de ce qu'elle est objectivement, ce qui n'enlève rien à sa pertinence, d'ailleurs, mais l'éclaire différemment. D'où vient donc cette sensation d'être en meilleure santé ?

Plusieurs réflexions menées auparavant par différentes institutions mettent en évidence que la retraite est l'occasion d'une remise en cause de l'identité, et que nombre de seniors vivent à ce moment-là des difficultés liées à leur image, mettant en cause leur équilibre et leur santé, un peu comme s'ils devaient effectuer un travail de deuil, en tous cas une réelle rupture avec leur vie d'avant. Le bénévolat apparaît comme une réponse possible à ce désinvestissement de la vie sociale autrefois enrichie par la pratique professionnelle : en mettant le senior au contact régulier du public, ou bien en continuant à lui donner des responsabilités à exercer, en développant son sentiment d'utilité, le bénévolat le maintient de plain pied dans l'action, dans la relation à l'autre, et cet effet explique sans aucun doute la diminution des sentiments dépressifs chez les bénévoles.
En outre, au-delà de la façon qu'a le sujet de se percevoir, l'environnement social apporté par l'action bénévole engendre un contact régulier avec le monde en mouvement, l'information, les nouveautés du quotidien, empêchant ainsi son isolement et sa mise en retrait.

Autre point qui n'est sans doute pas négligeable, la pratique d'une acticité physique, même peu ambitieuse, est un facteur de bonne santé : il est toujours plus bénéfique pour un individu de sortir de chez lui, de marcher, de se déplacer, ceci assez régulièrement, plutôt que de rester devant la télévision au fond du canapé. D'où les répercussions physiologiques positives constatées sur les seniors bénévoles à ce niveau-là.

Alors, faut-il encourager le bénévolat chez les seniors dans le but d'améliorer leur santé ? La réponse est évidemment plus complexe qu'il n'y paraît. Tout d'abord, un point important n'est pas examiné dans le cadre de cette étude : nous ne savons pas si les bénévoles qui y ont participé possédait en amont une bonne santé et si c'est ce facteur qui est à l'origine de leur investissement associatif. En effet, on peut supposer que ceux qui ne se sentent pas en forme n'ont pas l'énergie pour se consacrer à une activité bénévole : l'effet et la cause seraient donc ici confondus, et l'étude serait faussée.

Par ailleurs, il est bien évident que la motivation pour une activité bénévole ne réside pas en général dans un objectif aussi individuel que sa propre bonne santé : celle-ci ne sera qu'un bénéfice secondaire, qui viendra sans doute encourager le bénévole à poursuivre puisque, en plus de rendre service aux autres, cela lui fait du bien.

Enfin, on peut sans doute aussi affirmer que l'aspect " bénévolat " n'a pas forcément un lien direct avec cet effet " santé " : ce n'est pas forcément le fait de " donner " de son temps qui joue ici, mais plutôt le fait de ne pas rester enfermé chez soi à tourner en rond, de rester en contact avec les autres, de se rendre utile, exactement comme c'est le cas quand on a une activité professionnelle ! Sauf que dans le cas du bénévolat, on choisit le contenu, la fréquence, et qu'on est libre de partir quand ça nous chante, sans la perte d'un salaire à la clé.
Alors la bonne solution serait peut-être de se poser des questions à propos du monde du travail, et de faire en sorte que celui-ci soit pour tous un lieu d'épanouissement, de faciliter le passage entre le travail et le moment de la retraite, de permettre à ces deux mondes de cohabiter, afin qu'il n'y ait pas cette rupture violente.

Le bénévolat est sans aucun doute une des réponses possibles à la bonne santé des seniors, mais elle ne doit pas être la seule, et surtout, passer dans la catégorie des seniors ne devrait pas signifier pour les sujets concernés une mise au rebut où toutes les compétences et l'expérience acquises n'ont plus cours : seule la gestion du temps devrait être différente, pour le reste chacun devrait pouvoir avoir la possibilité de faire profiter la communauté de son savoir, que ce soit sous forme de bénévolat ou de tout autre moyen. Et si, au final, comme disait un chanteur connu de tous les seniors, le travail, c'était la santé ?



Auteur : Cathy Borie http://porteplume2a.com
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