La sexualité après 50 ans

Le sexe après 50 ans semble constituer un sujet encore tabou : peu de films à ce sujet, peu d’informations, et une discrétion qui frôle l’omerta, tant de la part des intéressés que de leurs proches ou de leurs amis. De là à penser que la sexualité des seniors n’existe pas, il n’ y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. En quoi cette dernière est-elle différente ? Comment faire pour qu’elle soit épanouie ? Est-elle nécessaire ou ne devient-elle au fil du temps qu’un bonus que l’on doit savourer en tant que tel ? Quelques réponses sans langue de bois.

Il est admis, et même affirmé dans de nombreux supports médiatiques, que, après 50 ans, on constate une baisse progressive de l’importance du sexe dans la vie en général, ce qui se manifeste essentiellement par une moindre fréquence des activités sexuelles. Pourtant, il semble prouvé également que les personnes qui continuent d’avoir des relations sexuelles ou de se masturber vivent plus longtemps et ont une meilleure santé, et surtout qu’ils sont plus heureux.

Toutefois, la nature met quelques obstacles en travers du chemin des seniors : du côté de la femme, la ménopause fragilise sa confiance en elle et bouleverse son équilibre hormonale : se trouvant moins désirable, elle doute de son pouvoir de séduction et met de côté sa libido. Elle a aussi des réactions plus lentes et moins intenses, qui demandent plus de patience à son partenaire. Pour les hommes, les performances deviennent moindres, et les problèmes d’érection peuvent apparaître. Le temps de récupération devient aussi plus long, et une vraie participation de la partenaire est nécessaire pour un véritable échange. Les voilà donc soit en couple mais devant reconstruire une nouvelle relation sur des bases différentes à partir des images perturbées d’eux-mêmes, ou célibataires et peu enclins à tenter des entreprises de séduction auxquelles ils ne croient plus vraiment.

Le problème est que moins on fait l’amour et moins on en a envie, et qu’une longue période d’abstinence rend difficile la reprise d’une activité sexuelle.

Heureusement, les statistiques démontrent que les seniors ne s’abstiennent pas autant  que l’on voudrait le faire croire : la fréquence des rapports sexuels ne commencent réellement à  baisser de façon sensible qu’à partir de 74 ans ! En tout cas, ces chiffres s’appliquent aux individus qui vivent en couple et qui sont en bonne santé. Et après 75 ans, ils sont encore 25% à affirmer avoir des relations sexuelles, dont plus de la moitié 3 fois par mois, et un quart une fois par semaine.

C’est hélas assez différent pour les personnes seules, et particulièrement les femmes, qui ne sont que 4% dans ce cas à être encore actives sexuellement si elles sont célibataires, séparées ou veuves.

L’aspect physiologique n’est d’ailleurs pas le seul facteur dans cette baisse de libido : les seniors mettent peu à peu à l’écart leurs préoccupations concernant leur vie sexuelle, la jugeant moins importante. En réalité, cela peut être une façon détournée de ne pas se heurter de front aux problèmes posés, alors qu’il serait assez facile d’aller consulter pour résoudre ces problèmes avec l’aide de son médecin ou d’un sexologue. Prise de Viagra ou modification des pratiques  (par exemple délaisser la pénétration au profit d’une sexualité bucco-génitale, d’un sex-toy ou de la masturbation), voilà qui permet de ne pas reléguer sa sexualité aux oubliettes alors qu’on sait qu’elle est un facteur de meilleure santé. D’autant que si les seniors n’ont plus les capacités physiques de leurs vingt ans, ils ont le temps de se consacrer à leur plaisir… C’est donc bien plus les idées reçues qu’une réalité qui poussent les seniors à s’approprier cette idée d’un moindre intérêt pour la sexualité. Car dire que la sexualité devient différente ne veut pas dire qu’elle est inexistante : elle est même très présente quand il s’agit de couples qui viennent de se rencontrer, alors qu’elle prend moins d’importance chez les couples de plus longue date, ceci tendant à prouver que les problèmes se situent bien ailleurs que dans des dysfonctionnements purement physiques.

Il serait donc bien temps de prendre en compte cet aspect du problème dans les établissements pour personnes âgées, où l’on nie encore que cette facette de la vie privée doive être favorisée. Les mentalités évoluent lentement, mais nous pouvons espérer que, avec l’arrivée de la génération des baby-boomers à l’âge de la retraite, la sexualité des seniors va bénéficier à son tour d’une forme de libération, et sortir en tout cas des sujets que l’on cache. Il faut toutefois veiller à ne pas faire là aussi l’apologie d’une nouvelle normalisation : après « pas de sexe pour les plus de 50 ans », ne tombons pas dans une norme imposée de l’extérieur sur un « minimum sexuel obligatoire ». Le désir sexuel n’a pas d’âge, mais il n’a pas non plus de règles, et c’est bien entendu à chacun de déterminer dans ce domaine ce qui lui convient, ce qui lui fait plaisir.

Quelques conseils pour une sexualité épanouie chez les seniors :

- Les femmes devront prendre plus souvent l’initiative dans la relation sexuelle.
- Les hommes devront penser à d’autres pratiques que la pénétration, et multiplier les caresses.
- Le dialogue et la tendresse prennent plus que jamais toute leur place.
- La culpabilité n’en a en revanche aucune…
- Une vie intellectuelle et une activité physique régulière favorisent une sexualité de bonne qualité.

En conclusion, la sexualité des seniors est une réalité, elle existe bel et bien et chacun devrait pouvoir la vivre comme il le souhaite. Nous avons encore des progrès à faire pour accepter cette facette de l’humain, mais surtout pour laisser à certains le choix d’accorder de l’importance à ce qui n’en a pas forcément pour d’autres, sans porter de jugement et sans contrainte. La sexualité, celle des seniors comme celle de tout un chacun, relève de la vie privée et personne ne devrait pouvoir nous dire comment la mettre en pratique.

Auteur : Cathy Borie
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