Les grands-mères au pair

Paradoxe ou preuve d'une évolution de la société ? Les jeunes filles au pair, bien connues des familles qui cherchent à employer des étudiantes pour s'occuper de leurs enfants sans débourser des sommes trop importantes,  se transforment de puis quelques temps en mamies au pair : quelle différence entre ces deux catégories de personnes, sinon l'âge ? Pourquoi des seniors choisissent-elles cette activité pour le moins inattendue ? Et comment y avoir recours ?

L'idée est née en Allemagne, puis s'est développée et a donné naissance à un site en France, qui met en relation les familles demandeuses et les femmes seniors disponibles pour de telles missions, sur le modèle allemand qui l'a précédé (Granny aupair pour nos amis germanique, Au pair Mamy pour notre site français). Ce que le site met en avant, c'est la valorisation des compétences des femmes recrutées : ce sont pour la plupart des femmes qui ont élevé leurs propres enfants, et qui donc sont censées posséder une expérience éducative et un comportement adapté pour s'occuper des petits. Mais l'éditorial di site insiste aussi sur le fait que cette activité permet en prime aux femmes seniors de se remettre dans le courant de la société et de surmonter un isolement fréquent pour cette catégorie de population.

En effet, ce job est un bon moyen, pour des femmes restées seules après un divorce ou un veuvage, de partir à l'étranger à moindre coût,  de nouer de nouvelles relations, de découvrir de nouveaux horizons, de pratiquer une langue étrangère et de partager la vie d'une autre famille. L'agence "  Au Pair Mamy ", la seule de ce genre pour le moment dans l'hexagone, leur offre cette possibilité : âgées de 48 à 65 ans, elles ont été enseignantes, journalistes ou hôtesses de l'air et parlent une ou plusieurs langues. Elles peuvent passer une annonce sur le site, remplir un dossier d'inscription ou répondre à la demande d'une famille à la recherche d'une mamy au pair. Les femmes qui font cette démarche ont envie de rompre leur solitude mais aussi d'être utiles aux autres en faisant quelque chose qu'elles maitrisent et qui rapproche les générations.

Mais ne brossons pas un tableau trop idyllique de cette situation : si les jeunes filles au pair peuvent s'arranger d'une petite chambre et d'un confort minimaliste dans la maison qui les accueille, ce sera sans doute plus difficile pour son homologue senior de quitter un appartement  où elle a ses aises, si l'aventure doit durer plusieurs mois.  En outre, attention à ne pas trop investir dans les relations avec les enfants : là aussi, les jeunes coupent plus facilement les ponts, et les mamies au pair ne doivent pas s'amuser à remplacer la vraie grand-mère… sauf si c'est une attente exprimée clairement par la famille d'accueil. Attention également à prendre en compte la difficulté bien réelle de créer de nouvelles amitiés et de s'adapter à un nouveau rythme, même si cette capacité varie selon les tempéraments et pas seulement en fonction de l'âge !

Le vrai challenge réside sans doute dans le fait de mettre en adéquation la famille qui cherche et la mamy qui est disponible : sur son site, Patricia Brucks (c'est la femme qui est à l'initiative de ce projet novateur) fait remplir des dossiers très complets afin que rien ne soit laissé au hasard. Et elle a sans doute raison, car une femme senior sera sans doute moins malléable qu'une jeune fille, et autant savoir avant de s'engager ce que comprennent les prestations attendues : juste une garde d'enfants,  ou d'autres services en complément comme les courses, certains repas ou un peu de ménage. De plus, le contrat de départ prévoit que les mamies au pair soient logées, nourries et blanchies et détermine à l'avance les paramètres liés au voyage et la rémunération prévue. En principe donc, pas de surprise de ce côté-là, si tout a été bien organisé.
Quoi qu'il en soit, le concept semble plaire : Patricia Brucks est invitée au Salon des Seniors de Paris qui aura lieu en mars. Il semble qu'il faudra désormais compter avec les mamies au pair et avec leur arrivée sur le marché des " petits boulots ". En fait, ce phénomène se situe dans la suite logique  de ce qui avait commencé à se dessiner dans le contexte du baby-sitting : en effet, depuis quelques mois, on voit fleurir les annonces qui demandent une " retraitée motorisée " pour prendre le relais après l'école, assurer les sorties extrascolaires et les devoirs, et gérer les mercredis. Là aussi, il apparaît que les parents font d'office confiance à une sénior, même si celle-ci s'avère certainement moins malléable que l'étudiante que l'on n'hésite pas à appeler en urgence pour un baby-sitting de dernière minute.

C'est bien à un changement de société que nous assistons à travers ces expériences nouvelles : des seniors en bonne santé et qui aspirent à autre chose qu'à une retraite paisible et monotone, sans doute, mais aussi un contexte économique qui montre la nécessité pour ces personnes d'arrondir leur fin de mois avec un job occasionnel, une insuffisance des structures de garde abordables pour les parents de jeunes enfants. Cela dit, ce schéma  ressemble aussi à ce qui se mettait en place spontanément dans les familles élargies du siècle dernier : les grands-parents faisaient alors partie intégrante du cercle familial et transmettaient leurs savoirs au jour le jour, s'occupaient des petits-enfants pendant que les parents vaquaient à leurs occupations professionnelles, apportaient une aide pour les repas ou l'entretien de la maison, en échange de leur logement au sein de la famille. Nous ne faisons sans doute que reproduire ce que nos ancêtres ont connu comme une nécessité, et que nous avions mis de côté pour mieux nous émanciper… avant de nous apercevoir que les générations différentes ont besoin les unes des autres pour faire fonctionner le monde !


Auteur : Cathy Borie
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