Le simulateur Agirc-Arrco applique une formule simple : nombre de points multiplié par valeur de service du point. Le résultat affiché peut sembler fiable, mais il repose entièrement sur les données de votre relevé de carrière. Si ce relevé comporte des périodes manquantes, des conversions de points mal reportées ou des droits gratuits non comptabilisés, l’estimation finale sera fausse, même si le calcul mathématique est correct.
Relevé de carrière Agirc-Arrco : les erreurs que le simulateur ne corrige pas
Le simulateur de retraite complémentaire interroge directement votre relevé de situation individuelle (RIS). Il ne vérifie pas si ce relevé est complet. Trois types d’anomalies reviennent fréquemment et faussent le résultat sans déclencher d’alerte.
Périodes de chômage ou de maladie sans points
Certaines périodes de chômage indemnisé, de maladie ou de maternité donnent droit à des points gratuits attribués sans cotisation. Ces droits dépendent de la durée d’indemnisation et du salaire de référence antérieur. Leur inscription au relevé n’est pas automatique, surtout pour les périodes anciennes.
Si ces points n’apparaissent pas sur votre relevé, le simulateur les ignore. L’écart peut représenter plusieurs dizaines de points par année concernée, soit un impact non négligeable sur la pension finale.
Conversion des anciens points Agirc (cadres avant 2019)
Avant la fusion du 1er janvier 2019, les cadres du secteur privé cotisaient séparément à l’Agirc et à l’Arrco. Les anciens points Agirc ont été convertis en points Agirc-Arrco selon un coefficient spécifique. Les points Agirc d’avant 2019 ne se lisent pas comme les points actuels.
Une erreur de conversion, un report incomplet ou un oubli de tranche de cotisation sur la période pré-fusion peut créer un décalage significatif. Les salariés cadres ayant plus de quinze ans de carrière avant 2019 sont les plus exposés à ce risque.

Années incomplètes ou employeurs disparus
Un employeur qui n’a pas déclaré certaines cotisations, une entreprise disparue dont les archives ne remontent pas : ces situations laissent des trous dans le relevé. Le simulateur calcule sur la base de ce qui existe. Il ne signale pas ce qui manque.
La seule méthode fiable consiste à comparer son relevé de carrière avec ses bulletins de salaire, année par année. La confrontation entre le salaire brut déclaré et les cotisations reportées permet d’identifier les écarts.
Calcul des points Agirc-Arrco : deux tranches, deux taux
Les articles grand public se concentrent souvent sur la formule finale (points multipliés par valeur du point). Le mécanisme d’acquisition des points en amont est moins détaillé, alors qu’il détermine le nombre réel de points inscrits chaque année.
Les cotisations de retraite complémentaire portent sur deux tranches de salaire, avec des taux distincts :
- La tranche 1 couvre la part du salaire brut jusqu’au plafond de la Sécurité sociale. Le taux de cotisation appliqué est plus faible.
- La tranche 2 couvre la part du salaire brut au-delà de ce plafond, dans la limite de huit fois le plafond. Le taux y est plus élevé.
- Seule la fraction du taux dite « d’acquisition » génère des points. Une partie de la cotisation finance l’équilibre du régime sans produire de droits supplémentaires.
Le prix d’achat du point en 2026 est de 20,1877 euros. Chaque année, l’assiette de cotisation (salaire soumis) est divisée par ce prix d’achat pour déterminer le nombre de points acquis. Un salaire stable ne produit pas le même nombre de points d’une année sur l’autre si le prix d’achat évolue.
Valeur du point et pension complémentaire : ce que le simulateur affiche réellement
Au moment de la liquidation, la pension annuelle brute de retraite complémentaire est calculée ainsi : total des points acquis sur toute la carrière, multiplié par la valeur de service du point. La valeur de service du point Agirc-Arrco s’établit à 1,4386 euro en 2026.
Le simulateur utilise cette valeur pour produire une estimation. En revanche, il ne peut pas anticiper les revalorisations futures du point, qui dépendent de négociations entre partenaires sociaux et de l’évolution des salaires. L’estimation affichée est une photographie à date, pas une projection garantie.
Un point souvent négligé : le montant brut affiché par le simulateur ne tient pas compte de la CSG, de la CRDS ni de la cotisation d’assurance maladie prélevées sur la pension. Le montant net versé sur votre compte sera inférieur à l’estimation brute, avec un écart qui varie selon votre taux de CSG applicable.

Vérifier et corriger son relevé de points Agirc-Arrco
Le relevé de situation individuelle est accessible depuis l’espace personnel Agirc-Arrco ou via le portail Info Retraite (connexion par France Connect). Ce document liste les points acquis année par année, tous employeurs confondus.
La vérification suppose un travail de confrontation méthodique :
- Récupérer ses bulletins de salaire ou, à défaut, ses déclarations fiscales pour chaque année de carrière.
- Vérifier que chaque année d’activité apparaît bien sur le relevé, y compris les périodes de chômage indemnisé, de maladie longue durée ou de congé maternité.
- Pour les carrières de cadres débutées avant 2019, contrôler que les anciens points Agirc ont été correctement convertis en points Agirc-Arrco.
- En cas d’anomalie, adresser une demande de régularisation à sa caisse de retraite complémentaire, avec les justificatifs correspondants.
Une régularisation peut être demandée à tout moment avant la liquidation, mais les délais de traitement s’allongent à l’approche du départ. Lancer la vérification au moins deux ans avant la date prévue laisse le temps de corriger les erreurs.
Le simulateur reste un outil utile pour obtenir un ordre de grandeur. Sa fiabilité dépend intégralement de la qualité du relevé qui l’alimente. Un relevé incomplet produit une estimation trompeuse, quel que soit le sérieux du calcul en arrière-plan. Avant de prendre une décision de départ, la priorité est de s’assurer que chaque année de cotisation, chaque période indemnisée et chaque conversion de points figurent bien au bon endroit.

