L’abattement fiscal de 10 % sur les pensions de retraite a failli disparaître fin 2025. Le gouvernement proposait de le remplacer par une déduction forfaitaire fixe de 2 000 euros, un changement qui aurait modifié l’imposition de près de 17 millions de retraités. L’Assemblée nationale a rejeté cette réforme le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17. En 2026, l’abattement de 10 % reste donc en vigueur, revalorisé, et cumulable avec d’autres dispositifs fiscaux moins connus.
Deux abattements distincts pour les retraités : une confusion fréquente dans les déclarations
La plupart des retraités connaissent l’abattement de 10 % appliqué automatiquement sur leurs pensions. Peu savent qu’il existe un second mécanisme, l’abattement spécial prévu par l’article 157 bis du Code général des impôts, réservé aux personnes âgées de plus de 65 ans ou invalides sous conditions de revenu.
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Le BOFiP mis à jour au 7 avril 2026 (BOI-IR-BASE-40) clarifie un point que les contenus grand public négligent souvent : ces deux abattements sont cumulables mais s’appliquent à des niveaux différents. L’abattement de 10 % réduit le montant de la pension déclarée. L’abattement spécial, lui, intervient ensuite sur le revenu net global imposable.
Confondre les deux ou ignorer le second revient à payer plus d’impôt que nécessaire. Un retraité modeste de plus de 65 ans qui ne vérifie pas l’application de l’abattement spécial sur son avis d’imposition passe à côté d’une réduction supplémentaire, parfois suffisante pour basculer sous le seuil d’imposition.
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Abattement fiscal de 10 % sur les retraites : plafonds et calcul concret en 2026
L’abattement de 10 % s’applique automatiquement à toutes les pensions de retraite déclarées, qu’il s’agisse du régime de base, de l’AGIRC-ARRCO ou de l’IRCANTEC. L’administration fiscale le calcule sans intervention du contribuable.
Deux bornes encadrent le dispositif :
- Un plancher de 400 euros par an : même si 10 % de la pension représente moins que cette somme, l’abattement appliqué sera de 400 euros minimum.
- Un plafond de 3 900 euros par an et par foyer fiscal : au-delà, l’abattement est figé, quel que soit le montant cumulé des pensions.
- Pour les couples où les deux conjoints perçoivent une pension, le plafond de 3 900 euros s’applique au total du foyer, pas à chaque déclarant individuellement.
Ce plafonnement à 3 900 euros crée un effet de seuil. Un retraité percevant une pension annuelle brute de 39 000 euros atteint déjà le maximum de l’abattement. Au-delà, chaque euro supplémentaire de pension est taxé sans réduction proportionnelle. C’est précisément cette mécanique qui alimente le débat politique sur le caractère régressif du dispositif.
L’option frais réels, rarement utilisée
Une alternative existe : déclarer ses frais réels à la place de l’abattement forfaitaire de 10 %. Si vos dépenses professionnelles liées à la perception de votre pension dépassent le montant de l’abattement, cette option peut être plus avantageuse. En pratique, très peu de retraités sont dans ce cas, mais la possibilité reste ouverte chaque année lors de la déclaration.
Réforme rejetée en 2025 : ce que le forfait de 2 000 euros aurait changé
Le projet gouvernemental prévoyait de remplacer l’abattement proportionnel de 10 % par une déduction fixe de 2 000 euros. La logique affichée était de rendre le dispositif plus équitable en limitant l’avantage fiscal des retraités aux pensions les plus élevées.
Concrètement, les retraités percevant moins de 20 000 euros annuels de pension auraient été perdants. Pour eux, 10 % de leur pension représente moins de 2 000 euros, mais le plancher actuel de 400 euros reste inférieur au forfait proposé. En revanche, ceux dont la pension dépasse 20 000 euros auraient vu leur abattement diminuer, parfois de plusieurs centaines d’euros.
La Commission des finances de l’Assemblée nationale, dans son avis du 21 octobre 2025, a souligné le risque de hausse brutale d’imposition pour une partie des retraités. L’opposition au texte a été transpartisane, ce qui rend peu probable un retour de cette mesure sous la même forme dans les prochains budgets.
Un signal politique à ne pas surestimer
Le rejet massif (213 contre 17) ne garantit pas la pérennité du dispositif actuel. Les discussions budgétaires annuelles peuvent remettre le sujet sur la table sous d’autres formes. Une recomposition discrète via la décote ou les réductions ciblées peut modifier la pression fiscale effective sur les retraités sans toucher formellement à l’abattement de 10 %. Surveiller uniquement le maintien de cet abattement donne une image incomplète de l’évolution réelle de la fiscalité des pensions.

Pensions exonérées et cas particuliers à vérifier sur votre déclaration 2026
Toutes les pensions ne sont pas logées à la même enseigne. Certains revenus de retraite bénéficient d’exonérations spécifiques qui se cumulent ou se substituent à l’abattement de 10 % :
- Les pensions militaires d’invalidité et les retraites du combattant sont exonérées d’impôt sur le revenu.
- Les rentes viagères d’invalidité suivent un régime fiscal distinct, partiellement ou totalement exonéré selon leur nature.
- Les sorties en capital d’un plan d’épargne retraite (PER) obéissent à des règles propres : la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème, tandis que les plus-values subissent le prélèvement forfaitaire unique.
Pour les détenteurs d’un PER, la fiscalité à la sortie dépend directement du choix fait à l’entrée (déduction ou non des versements). Ce paramètre, fixé parfois des années avant la retraite, conditionne le montant net perçu au moment du déblocage.
Ce que la stabilité apparente de l’abattement ne dit pas
L’abattement de 10 % existe depuis 1977. Son maintien en 2026 rassure, mais la question de fond reste posée : le plafond de 3 900 euros n’a pas suivi la même trajectoire que l’inflation cumulée sur plusieurs décennies. Sans revalorisation régulière et significative de ce plafond, l’avantage fiscal réel s’érode mécaniquement pour les pensions moyennes et supérieures.
Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur l’ampleur exacte de cette érosion, les revalorisations étant dispersées dans les lois de finances successives. Ce qui est certain, c’est que le maintien nominal d’un dispositif ne signifie pas le maintien de son effet réel sur le pouvoir d’achat des retraités.
Pour la déclaration 2026, la priorité reste de vérifier que les deux abattements (10 % sur la pension et abattement spécial après 65 ans) sont correctement appliqués, et de comparer systématiquement le montant de l’abattement automatique avec l’option frais réels. L’administration ne fera pas ce calcul à votre place.

